• Arnaud Bloesch

« Arbitre, mais pourquoi carton ? »

Mis à jour : janv. 20


Il est loin ce temps où les cartons n’existaient pas, là où le football n’était qu’un sport et où les joueurs pratiquaient cette activité ludique avec courtoisie et respect. Comment a-t-on pu parvenir à de telles situation de chaos avec parfois des pluies de cartons multicolores ? N’abordons pas ce sujet sous l’angle de l’attitude des protagonistes, mais plutôt par le règlement. Débutons par un peu d’histoire :

Ken Aston, inventeur des cartons

Avant son apparition en 1970, la marche à suivre était totalement différente : l’arbitre devait appeler le joueur fautif ainsi que son capitaine et les notifier verbalement de la mesure prise. L’impact était alors très infime : les coéquipiers n’étaient pas toujours au courant, les coachs non-plus ... et que dire des spectateurs, de la presse et des premières caméras ?

Après un quart de finale de Coupe du Monde 1966 opposant l’Angleterre à l’Argentine où l’arbitre averti deux joueurs et expulsa l’argentin Antonio Rattin, le superviseur des arbitres se dit alors qu’une signalisation optique permettrait à toute personne un minimum attentive de percevoir les décisions prises par le juge du jeu. Après mûres réflexions, il reprit les couleurs des feux de circulation afin d’imager les situations d’avertissement (jaune) et d’expulsion (rouge). Ce n’est que quatre ans plus tard, à Mexico que l’arbitre allemand Kurt Tschenscher distribuait le premier carton de l’histoire du football d’une manière encore très discrète au joueur de l’Union Soviétique Evgeny Lovchev.

Loin semble encore cette époque tant la gestuelle que les critères ont évolués et apportent aujourd’hui classe et technique dans son application. Afin de mieux comprendre pourquoi l’homme en noir sort une biscotte de son short, reprenons au travers de cet article les actuelles directives appliquées :

Imprudence, Témérité ou Excès d’engagement ?

Lors d’une faute, la première question à se poser est la suivante : le joueur est-il intervenu par imprudence (=pas de sanction), témérité (=jaune) ou par excès d’engagement (=rouge) ? En théorie, rien de très compliqué mais ces termes peuvent laisser place à une subjectivité importante raison pour laquelle les organes dirigeants ont mis en place divers critères :

Intention – Méchanceté

La volonté d’un joueur est le premier élément caractérise d’une faute amenant à un avertissement ou une expulsion. Son regard, sa course, son attitude, ses gestes, …, ses intentions sont des éléments non négligeables. Les gestes revanchards, coups avec la seconde jambe ou jeux de bras sont naturellement inclus.

Vitesse – Intensité

Le second critère est souvent couplé à celui du danger. En effet, un tacle à l’arrêt sera beaucoup moins dangereux que celui réalisé à pleine vitesse. Le poids que le défenseur mettra dans son intervention aura un net impact sur l’intensité. Le fait de transpercer son adversaire avec tout le poids de son corps tendra sur une sanction plus lourde qu’une jambe mise en opposition.

Ballon

Mais où est le ballon ? Le joueur a-t-il tenté de le jouer ? Est-il parti depuis 1-2 secondes déjà ? Nous rejoignons ici partiellement le critère des intentions. Pour rappel, ce n’est pas par ce qu’un joueur touche le ballon qu’il n’y a pas faute, l’ensemble des autres critères restent toujours valables. A noter qu’il n’est jamais évident pour un arbitre d’avoir la tête à tous les endroits, particulièrement lors de fautes à retardement sur un centreur.

Crampons – Semelle

Le pied du fautif peut être utilisé de plusieurs manières. Lorsque les crampons du défenseur arrivent face à l’attaquant, le risque est beaucoup plus grand que lorsqu’il présente son coup du pied ou tend uniquement la pointe. Les crampons peuvent être assimilés à une arme … alors qu’ils sont prévus pour que les joueurs tiennent debout sur le gazon.

Danger – Santé

L’endroit le l’impact sera l’un des premiers critères. Marcher ou toucher le bout du pieds de son adversaire est certes douloureux mais les tacles à la cheville ou au tibia doivent être sérieusement sanctionné. La mobilité de la jambe (ancré au sol ou en l’air) va également venir impacter la décision de la couleur du carton. Un coup de pied non-intentionnel sur un tibia en l’air (jaune – risques limités) est ainsi moins dangereux qu’une semelle sur la malléole dont le pied est fixé au sol (rouge – risques de fractures et lésions ligamentaires).

En bref, plus les critères sont remplis, plus la tendance s’accordera sur un carton foncé. A l’inverse, si aucun d’entre eux n’est présent, un simple coup de sifflet suffira pour sanctionner l’irrégularité.

Que se serait-il passé s’il n’y avait pas eu d’infraction ?

Voilà une question qui complexifie encore la tâche de l’arbitre. Après avoir qualifié l’irrégularité du tacle en lui-même, venons-en à son importance et à ses débouchées. Ici encore différents critères nous permettrons de différencier une phase de jeu neutre (=pas de sanction), une attaque prometteuse (=jaune) d’une occasion de but manifeste (=rouge). C’est ici que les critères pour une faute de « dernier recours » se discutent.

Maîtrise du ballon

Pour qu’un adversaire reçoive un carton, l’attaquant doit nécessairement avoir la possession du ballon. Si un doute subsiste à ce sujet (p.e : contrôle en extension dans la profondeur mal réalisée) la sanction ultime ne pourra pas être distribuée.

Direction du mouvement

Dans quel sens va le jeu ? Les fautes sur un joueur dos au but auront une tendance sans carton puisque l’attaquant ne serait à ce moment-là peu que dangereux. Les situations face au but seront quant à elles très souvent sanctionnées au minimum d’un avertissement. Un joueur proche de la surface de réparation s’en allant en direction du poteau de corner sera faiblement sanctionnable. Le prochain critère de la distance au but est à analyser.

Distance au but

Sommes-nous en phase défensive ? A milieu de terrain ? Ou au contraire dans les trente derniers mètres adverses ? Plus la distance avec le but est faible, plus le devoir d’augmenter la sanction sera nécessaire. A 70 mètres du but, une faute n’a pas de sens d’être sanctionnée d’un rouge pour « dernier recours ».

Position des joueurs

Où se situent mes adversaires ? Est-ce le dernier ? Ais-je encore des coéquipiers avec moi ? Plus le nombre de défenseurs encore présents est grand, moins la sanction sera sévère. En cas de supériorité numérique des attaquants, la sanction peut être revue à la hausse.

Conclusions

Vous remarquerez que grand nombre de questions transitent dans la tête d’un arbitre au moment de prendre sa décision au sujet d’une faute. Cela ne rend en effet pas sa tâche évidente puisqu’en une seconde la couleur d’une carte peut apparaître, s’inverser ou disparaître. De plus, l’officiel n’aura qu’un très court instant pour prendre sa décision.

Pour tous les tacles et utilisation des bras, le premier critère à juger est la nature de l’intervention selon les quatre possibilités : aucune infraction (=pas de faute), intervention avec imprudence (=faute, pas de carton), témérité (=faute, carton jaune), expulser (=excès d’engagement). Ensuite, un second jugement au sujet de l’action aura lieu : jeu neutre (=pas de carton), attaque prometteuse (=carton jaune) ou occasion de but manifeste (=rouge). Seul le critère le plus grave des deux est à sanctionner.


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